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 Pour en connaitre un peu plus... Regards sur le passé


Extrait de V. BECQUART :

Les communes de l'Arrondissement de LILLE - documents historiques et archéologiques Lille 1879, pp.227 231, recueilli par Jean-Pierre Zanetti, Bibliothécaire de la ville d'Haubourdin.

Si Emmerin doit sa réputation actuelle aux eaux limpides dont elle alimente la grande cité, sa voisine, l'histoire a bien d'autres choses à son acquit. Il y a longtemps qu'il existe, ce village aux marais rafraîchissants. Seulement son histoire, comme hélas ! toutes celles d’ici-bas, a ses douceurs et ses larmes. La guerre y a passé, et avec elle les dévouements et les terreurs. Les passions des hommes ont soufflé par la ; rappelez-vous les Gueux, précurseurs des Chauffeurs, dont nous avons dû à regret raconter avec quelque détail les sinistres exploits.

Cependant une pieuse et paisible origine, un titre de l'abbaye du Mont Saint-Eloi nous apprend qu'en 1158, Amerin avait une église paroissiale sous le vocable de Saint Barthélémy, laquelle payait dîme à cette abbaye. En 1160 et en 1177, c'est un cartulaire du prieuré d'Aubigny qui s'occupe de notre village.

Toujours est-il que ses seigneurs n'étaient pas des hobereaux. Si l'on en croit un cartulaire de Hainaut qui mentionne le chevalier Hugo de Amerin comme témoin dans un acte émanant de Roger, châtelain de Lille, en date du mois d'avril 1218.

Les faits abondent pour démontrer l'importance relative de la localité. Ainsi, vers l'an 1303, le Comte de Flandre, Jean de Namur, y avait établi un manoir féodal. En 1312, toujours d'après le cartulaire de Hainaut, la célèbre et illustre abbaye d'Anchin obtint la justice sur les marais d'Emmerin, comme l'atteste la confirmation de Guillaume, Comte de Hainaut.

En 1508, le fief du châtel d'Emmerin appartenait par indivis à Dame Marie de Carondelet, deuxième femme du Comte de Saint-Pol, et à Dame Marie de Luxembourg, Comtesse de Vandomois et Dame d'Emmerin, ainsi qu'il résulte d'un rapport et dénombrement servi par la dite Dame de Carondelet, le 28 octobre 15O8

En 1545, la Seigneurie passa à la maison de Bourbon d'où est sorti le roi vaillant et populaire qu'on appelle encore le Béarnais. C'est lui qui, en 1603, vendit la terre d'Emmerin à Nicolas du châtel, chevalier, seigneur de la Howarderie Le village de Howarderie près Mouchin renferme les tombeaux des seigneurs d'Emmerin. Ces tombeaux, en pierre du pays, constituent des monuments archéologiques remarquables et dignes d’être visités.

Les seigneuries finissent comme les hommes par succomber à des catastrophes. Citons encore les deux derniers titulaires. Jean-Joseph-Anne-Marie de Houchin, marquis de Longastre, qui mourut en 1783 au moment du grand orage politique.

C'était un terrible seigneur que le marquis de Longastre. A Emmerin, pour satisfaire les caprices de son autorité blessée, il avait tué d'un coup de fusil un manant occupé à réparer le toit de sa masure. Les sires de Caucy ne mettaient pas plus de formalités dans leurs exécutions. La justice d'alors était impuissante pour réprimer de tels abus.

Saluons en passant le château de Guermanez bâti au xve siècle, et qui appartenait, en 1789, à Auguste-Marie Hespel, seigneur des Blancs Gants, de Guermanez et de Lestoquois.

Après avoir rendu nos devoirs de narrateur aux figures féodales du village, nous allons nous occuper librement des vicissitudes propres à Emmerin ; vicissitudes est un mot bien employé, car nous ouvrons notre narration en 1347.

Cette année, les bourgeois et manants de Lille allèrent au secours du duc de Bourgogne par les Anglais. Les habitants d'Emmerin furent contraints de laisser le soc nourricier pour le fer des batailles.

Cette exigence pénible et injuste suscita des plaintes qui furent entendues en haut lieu. Si le résultat se fit attendre, car le bien est lent à se produire, il consacra des privilèges précieux.

Voici : le 1er septembre 1523; l'empereur Charles-Quint fit une ordonnance. Elle édicta que "les terres d'EMMERIN seraient des terres franches et quittes, que si les manants ont voulu contribuer aux aydes et subventions, c'était de leur part purement volontaire pour complaire au souverain et concourir aux grandes et urgentes affaires, frais et dépens nécessités par les guerres de l'époque".

Depuis lors les franchisés d'Emmerin furent respectés.

En 1566, de prétendus réformateurs, affublés du nom de Gueux, avaient dévasté les églises de Quesnoy, Linselles, Bondues et Loos, et se portaient en masse sur Seclin dans le but très peu chrétien d'en faire autant. Ils passèrent par Emmerin, ne faisant pas mystère de leurs intentions.

Nos villageois, plus avisés, s'empressèrent d'aller avertir les Seclinois de la visite qu'on leur destinait. Un homme averti en vaut deux. Les Seclinois le prouvèrent bien. Avec l'aide des habitants d'Emmerin, de Gondecourt, et de Wattignies, armés de bâtons et de pioches, ils tombèrent sur ces iconoclastes nouveaux et leur infligèrent une terrible leçon.

La chronique ajoute qu 'à peine en resta-t-il quelques uns pour reporter aux Gueux dispersés dans la chatellenie de Lille la nouvelle de leur défaite.

Cependant l'existence collective de la localité allait subir une nouvelle modification. Le dix-huitième jour du mois de mai 1599, le Procureur a rapporté la déclaration des coutumes et usages de terres d'Emmerin, dérogeant a. celles de la châtellenie. Dès ce jour, le village d'Emmerin devint commune ne ressortissant que de Dieu et de l'épée. Les héritages furent réglés comme biens patrimoniaux passant de père en fils, sauf les biens seigneuriaux qui étaient d'un cinquième denier pour donation ou transport.

Est-il un coin de terre Si vertueux qui ne produise de temps à autre un criminel ? Nous lisons en effet que, le 2 décembre 1614 (1) fut étranglé et brulé, devant l'hôtel de ville à Lille François Dumarez d'Emmerin qui, avec deux complices, étourdissait les personnes le soir à l'aide de courts bâtons plombés et prenait leurs manteaux.

Laissons ce malheureux à sa terrible expiation, et revenons hélas, à la guerre. Emmerin ne fut point épargné pendant ces longues hostilités. Tandis que le prince d'Orange, après avoir envahi le Brabant, menaçait la place de Lille, les Français se portèrent sur La Bassée. Des détachements de cavalerie furent postés à Emmerin, Loos, Haubourdin comme vedettes. Durant ces jours mauvais, plusieurs fermes furent incendiées ou par les Français ou par les Espagnols, le village fut tour à tour occupé par ces vautours de toutes nations et les habitants connurent les charges écrasantes d 'une curée militaire.

Pour comble d'infortune, ils durent assister impuissants à la destruction de leur château que le feu dévora en 1641 ; le moulin en briques qui existait autrefois sur la motte fut également réduit en cendres la même année.

Louis XIV et ses splendeurs amenèrent les revers de la France que Villars sauva de l’abîme. Trente ans plus tard, la bataille de Fontenoy était proche. Louis XV vint à Lille pour se mettre à la tète de son armée. Emmerin fut choisi par le duc de Biron, commandant le quatrième corps d'armée, pour lieu de cantonnement pendant les préparatifs de l'attaque. L'on sait le reste.

Ce reste, malheureusement, se résume en souffrances de toute espèce : famine, épidémies, misères sans nom, deuil sans fin. Voilà les terribles avant coureurs de la chute d'un trône et de l'édifice antique de notre société, qui se consomma en 1789, dans une fièvre sociale immense.

Les principes étaient méconnus; quelques brigands en profitèrent pour former une ligue du mal. Sous le nom de Chauffeurs, leurs forfaits ne sont pas oubliés à Emmerin; l'horreur qu'ils inspirent nous dispensera d'en parler de nouveau.

La Justice humaine atteignit ces grands coupables et débarrassa le pays de longues et inexprimables terreurs.

(1) De Rosny, Histoire de Lille

 

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